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Le blog philosophique de francois CHARLES

Articles avec #defense tag

L'autre lettre du Général de VILLIERS

20 Juillet 2017 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

C 'est fait, le Chef d'Etat Major des Armées françaises a posé sa démission qui a été acceptée sans émotion, vite remplacé par un « héro et vrai chef de guerre » comme si l'ancien ne l'était pas. En plus de son rappel à l'ordre en public, le président jupitérien chef des Armées n'a vraiment pas apprécié que son subordonné s'exprime dans une tribune puis confirme ses positions comme un lanceur d'alerte. Mais qu'aurait-il pu également écrire ?

Par François CHARLES

Armée de terre puis affaires industrielles et maintenance à la DGA, conseil en politique générale, management et affaires européennes

Comme vous le dites, Monsieur le président, un CEMA n'est pas là pour défendre le budget de la défense mais plutôt des capacités et conduire des troupes ainsi que mener des opérations. Je reprendrai ce que l'on dit dans l'armée : un chef, une mission, des moyens.

Le chef je le suis, après avoir été nommé. Je suis reconnu par mes troupes. Par contre, en tant que leader responsable des forces armées, et leader opérationnel, voire de processus de la défense, j'avoue que tout n'est pas encore mis en place dans les missions que vous me confiez pour avancer de façon mature au delà du système « D ».

Je suis conscient qu'il s'agit d'une mission française et européenne à dimension également mondiale. Je suis conscient que vos devez montrer à nos partenaires le respect de certains engagements économiques. Mais vous devez être conscient qu'il s'agit de gérer à la fois un service normal et surtout des opérations extérieures qui masquent certaines réalités que vit pourtant le civil dans sa guerre économique quotidienne. Mais je vous demande de savoir dire parfois non à certains engagements, comme vous le faites pour des choix économiques au regard de choix de défense, si vous ne parvenez pas à convaincre nos partenaires européens de mieux nous aider à accomplir ces tâches, soit par les moyens logistiques ou en personnels qu'ils ont fourni par exemple au Mali, soit par des contributions financières mais non prévues dans le système actuel européen, concentré sur des dépenses d'investissements et non de fonctionnement. Ce constat budgétaire, reconnu pas les autres depuis longtemps, pourra peut-être mieux nous faire travailler ensemble dans une identité européenne au sein de l'OTAN. Mais là n'est pas de mon ressort.

J'accomplirai toujours mon devoir avec les moyens que vous me donnerez et je suis conscient que nous pouvons faire mieux avec autant. Je vous demande également d'intervenir avec autorité et avec notion de solidarité vis-à-vis de nos partenaires industriels, qui se sentent trop souvent intouchables, pour qu'ils sachent travailler à coût objectif, livre ouvert et partage de risques, surtout sur le maintien en condition opérationnel. Je dois moi-même poursuivre mes efforts envers mes subordonnés, souvent trop disciplinés, qui souvent cachent les processus qui ne peuvent ainsi être soignés, ainsi que dans mes propres structures industrielles encore très hermétiques considérant que l'Etat est son propre assureur et se réfugiant derrière une sécurité qui n'a pas de prix et où de toute façon les moyens seront mis.

Je sais que les réalités sont souvent les mêmes chez nos partenaires européens. Vous avez nommé une ministre des armées plutôt gestionnaire. Ensemble, avec la DGA qui doit continuer à optimiser son positionnement, peut-être pourrons-nous faire avancer les choses sur des capacités et la disponibilité des matériels.

Je saurai, en tant également, que leader psychologique, motiver mes troupes pour maintenir le goût de l'effort au combat, comme pour la vie courante, en vous aidant à défendre ces réductions budgétaires que j'espère passagères, sans doute nécessaires au respect de nos engagements mais à une prise de conscience collective.

Bien respectueusement.

L'autre lettre du Général de VILLIERS
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LE RAFALE ENFIN EN INDE : un succès français mais également européen à l’export

16 Octobre 2016 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense, #europe

Il aura fallu une certaine crise sécuritaire, notamment avec le regain de tensions avec le Pakistan, certaines prises de position diplomatiques, un euro moins fort et sans doute une douce violence de l'Etat envers l'avionneur dont les autorités indiennes se plaignaient depuis longtemps du manque de négociation, pour faire aboutir les négociations sur le Rafale avec l’Inde qui duraient depuis plus de 15 ans. La France doit se réjouir de la vente de cet avion polyvalent dont la valeur technique était reconnue depuis longtemps. N'oublions pas non plus qu'il s'agit aussi du succès d'un matériel européen qui fait partie d'un catalogue global pour être plus forts ensemble plutôt qu'éternels concurrents.

 

 

Par François CHARLES

Ancien responsable d’affaires industrielles internationales à la DGA, DESS Défense, Président de l’IRCE et de NOVIAL Consulting

 

Un succès français

L'Inde vient donc de signer l'achat de 36 avions Rafale pour quelques 8 milliards d'euros, venant compléter sa gamme d'appareils déjà en partie français avec les Mirages 2000. Les avions dédiés devraient être livrés dès 2019 en dehors de ceux livrés en avance de phase pour l'entraînement des équipages. D'un point de vue opérationnel les militaires voulaient cet avion performant, comme d'ailleurs les Suisses et les Brésiliens. Cette technicité française, chère mais nécessaire en période de crise avait d'ailleurs aussi conquis d'autres pays et se rajoute au succès de DCNS. C'est enfin une libération pour Dassault qui produit cet avion seul, comme pour le Gripen mais pas comme l'Eurofighter, avec les avantages en terme de management industriel et les inconvénients en terme de marché que cela représente. C’est l’exemple de l’EFA avec des achats sûrs en Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, qui savent aussi réduire les montants initiaux, et à l’export en Arabie Saoudite, Autriche et Oman. C'est aussi le succès d'un écosystème composé par Thales, Safran mais également MBDA, modèle d'intégration européenne, pour ses missiles.

 

Cette vente doit être un succès européen pour reconnaître certaines zones d’influence française, en complément de celles d’autres pays européens, dans une logique de représentation commune appuyée par la Haute Représentante des institutions. Comme au Moyen Orient, cette vente répond à une nécessité de protection face à une menace de déstabilisation mais également à un besoin de double source d’approvisionnement et d’indépendance de certains pays de la zone face aux Etats-Unis ou la Russie qui avaient également fait certaines offres.

 

Elle doit être un succès européen sur le produit, sa maintenance et sa gouvernance de fabrication. Les choix de défense sont certes politiques mais se confortent d’éléments technologiques et économiques pour répondre à un besoin opérationnel et parfois uniquement de dissuasion. Le Rafale est un produit haut de gamme multirôles à la fois bombardier, chasseur, avion de reconnaissance, ce que ne sont pas, par exemple, le Gripen ni l’Eurofighter Typhoon (EFA). Cette caractéristique peut être importante dans certains cas pour satisfaire les attentes des clients, non forcément identiques, comme nous l’avons vu au Brésil et en Suisse qui n’avaient pas besoin d’un tel avion à tout faire au détriment cette fois-ci du Rafale. C’est bien la force potentielle de l’Europe de pouvoir proposer cette diversité de produits, de savoirs faire et de savoir être avec une spécialisation de ses pays et ses industriels unis pour des projets externes. Le Rafale parait cher mais l’équation globale semble gagnante tout en veillant avec soin aux coûts de maintenance et de leur facturation. Espérons que le Service Industriel de l’Aéronautique français rattaché encore à l’Etat sera mis à contribution pour ces compétences en maintenance même pour ce contrat export. Si le Gripen a quant à lui bénéficié d'une meilleure approche de maintenance par les Suédois, les Russes ont aussi perdu le marché indiens par les coûts de pièces de rechanges qu'ils faisaient supporter à l'Inde, de la même façon que Dassault a semble-t-il perdu son marché au Maroc.

 

Elle doit être enfin un succès européen sur les compensations réclamées. Les ventes d’avions de chasse, mais aussi de biens à haute valeur technologique sont particulières. En dehors, théoriquement, de l’Union qui tente de faire respecter la directive européenne de 2009 sur les marchés de défense et de sécurité dans une plus grande logique de transparence des marchés et de coopération, elles s’accompagnent quasi-systématiquement de compensations industrielles sur le produit considéré ou non, financières et/ou commerciales au-delà de la formation des pilotes, d’ailleurs souvent payée. Elles dérogent généralement aux règles du commerce international au profit du pays acheteur, de ses industriels et de son développement économique, avec un jeu de négociation portant sur les coefficients de valorisation des éléments de haute technologie. Même si poussées politiquement, elles peuvent rendre les ventes peu rentables et finalement non justifiées économiquement pour le vendeur ou son pays ne sachant pas les expliquer dans l’approche globale de la transaction, comme ce fut le cas pour la votation Suisse contre le Gripen. D’un aspect positif, elles peuvent par contre permettre de créer des liens nouveaux entre PME sous-traitantes des deux pays, comme l'ont bien compris les Britanniques, sauf quand elles sont hélas remplacées d’un coup de crayon par les maîtres d'oeuvre. S'agissant du contrat indien, rien n'est vraiment finalement figé en espérant une démarche gagnante.

 

Dans une logique d'approche européenne, avec hélas un partage de marché et de client peu reconnu par la Suède pourtant adepte de l'Union dans la diversité, le rêve serait d'imaginer que les autres pays européens et leurs industriels, plutôt habitués à travailler en coopération entre eux, puissent à aider la société Dassault Aviation et la France, si elles l’acceptent, à remplir ses engagements de façon décloisonnée comme nous avions essayé de l’instituer en France dans les années 90 à travers toute la communauté industrielle et étatique de défense.

LE RAFALE ENFIN EN INDE : un succès français mais également européen à l’export
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DOIT ON BLAMER LA TURQUIE POUR LA DESTRUCTION DU CHASSEUR BOMBARDIER RUSSE ET SES CONVOIS HUMANITAIRES..?

28 Novembre 2015 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense, #international

Alors que la France et les pays de l'OTAN se contentent de ramener les avions russes à la frontière des pays baltes mais aussi récemment en Bretagne, la Turquie n'a pas joué à "schlemiel", n'a fait qu'un avertissement puis a abattu un avion de chasse russe qui violait apparemment son espace aérien. Faut-il la blâmer d'avoir montré une certaine fermeté aux Russes, qui comme beaucoup le disent, ne comprennent que la force ?

La Turquie, qui ne souhaite pas la guerre mais qui fait partie de l'OTAN, peut entraîner toute l'organisation par l'article 5 si elle était agressée. Heureusement pour tout le monde, V. Poutine, qui n'est pas fort mais rusé, ne le souhaite pas et répond, comme les Européens, à un acte militaire par des mesures de rétorsion économiques

Mais ce bombardier était-il en train de suivre un convoi "pétrole contre médocs" entre Daech et la Turquie ? Si on ne peut pas blâmer la Turquie de soigner les combattants ennemis sur son terrain, cela ne semble pas être le cas. Le pays, qui prétend qu'il s'agissait de convois humanitaires, sans en préciser les bénéficiaires, comme quand V. Poutine le faisait en Ukraine, s'est sans doute fait prendre à son double jeu

Mais c'est cela aussi d'être un pont entre l'Europe et le monde arabe, qui sera un des prochains événements IRCE

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N'ayons pas peur, vivons "unis dans la diversité"

21 Novembre 2015 , Rédigé par francoischarles Publié dans #europe, #défense

Cette semaine, je suis allé à Paris comme toutes les semaines. J'en ai profité pour m'arrêter place de la République en allant à la conférence que nous avions maintenue à ESCP-EUROPE avec le quart des participants prévus et avec une minute de silence. Je suis allé devant le Bataclan où j'ai vécu un certain désagrément identique à celui de l'odeur de mort ressentie autour du World Trade Center non encore reconstruit. Beaucoup de personnes en province m'ont dit que je n'avais pas peur. La psychose a agit mais également certaines prises de conscience.

Mais peur de quoi ou de qui ? Certes, nous avons déjà connu des bombes dans le métro et certes le mode opératoire a changé avec des exécutions de sang froid en grand nombre cette fois et des explosions de personnes comme nous le voyions pour l'instant uniquement en dehors d'Europe et notamment au Liban qui a connu un attentat juste avant la France. Nous avons déjà connu les Brigades rouges, les prises d'otages palestiniennes, et les attentats à la boite d'allumettes dans les cafés d'Alger. La Russie a aussi connu ses désastres pendant la guerre de Tchéchénie et récemment avec l'explosion de l'avion de ligne. L'Egypte et la Tunisie également. Mais Imaginons le nombre de risques identifiés et déjoués et même potentiels par rapport à ce que nous vivons.

Il ne s'agit que de quelques individus qui luttent contre une certaine faculté de vivre ensemble et contre certaines décisions de bombardements en représailles à certaines première actions. Il ne s'agit que de quelques individus qui peuvent en tuer tant d'autres sans avoir peur de mourir...quoique... N'ayons plus peur d'affirmer que les gens qui foncent en voiture sur d'autres à Toulouse ou à Nos amis musulmans doivent eux-mêmes prendre des mesures pour dénoncer et neutraliser les personnes à risque.

Beaucoup de personnes me demandent pourquoi l'on trouve immédiatement les auteurs des faits. ce sont souvent les moins virulents les plus dangereux et la police tente toujours de remonter au mieux les filières. De façon positive, les mesures d'urgence vont peut-être assainir notre environnement, notamment sur la circulation des armes, et vont rendre les citoyens plus attentifs. Remercions donc les terroristes...

Certaines personnes se demandent pourquoi il était si long d'identifier les corps et les personnes alors que paradoxalement on s'oppose au pistage des identités.

Beaucoup de personnes parlent des décisions françaises à l'étranger et les critiquent mais il n'est plus concevable désormais de faire marche arrière et il faut éradiquer totalement le mal là où il se motive également et où il se trouve et ceci est nouveau également.

Les rassemblements sont salvateurs de mobilisation, comme en janvier, mais cela n'a rien changé et mes rassemblements se dispersent vite au moindre pétard au lieu d'aller vite l'étouffer, comme pendant la libération. Les rassemblements veulent montrer que la foule n'a pas peur mais n'est-ce pas pour ne pas montrer que les gens ont peur ensemble. Pensons aussi aux familles ont mal accepté que certaines victimes soient mises en publicité sur les réseaux sociaux alors qu'ils préféraient faire leur deuil tranquillement.

Mais vous êtes beaucoup à me dire aussi que c'est peut être une chance pour nous faire prendre conscience de la chance que nous avons à vivre en France et en Europe et de ce qu'il faut préserver, "unis dans la diversité".

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Les questions sécuritaires des flux migratoires actuels et ses aspects militaires Ou… La faillite de la politique de voisinage et la question de la sécurité de l’UE

6 Novembre 2015 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense, #europe

Les questions sécuritaires des flux migratoires actuels et ses aspects militaires Ou… La faillite de la politique de voisinage et la question de la sécurité de l’UE

je vous livre ici le contenu de mon intervention devant le club des Sabres de l'OTAN de Paris des attachés de défense

Messieurs les Officiers,

Je ne vous cache pas mon honneur et plaisir ressenti à intervenir devant vous

Que cette conférence soit initiée par un hongrois membre d’un groupe OTAN présidé par un italien et se tienne à l’Ambassade du Royaume-Uni n’est certainement pas une coïncidence car nous sommes en présence de messages particuliers sur le sujet de l’immigration et de la sécurité.

En tant que président d’un Think Tank indépendant travaillant sur les dynamiques européennes, dont la défense, je ne vais pas exposer la position officielle française mais une position recherchant surtout ce qui est bon pour l’Europe, dont la situation en France, avec certains constats et certains suggestions

Sommes-nous encore dans la stratégie de la ligne Maginot ou allons nous prendre enfin conscience qu’il s’agit d’une vraie crise commune aussi grave que celle de l’Ukraine ? C’est une preuve de la faillite de la politique de voisinage, du projet EUROMED, de la défense et de la gouvernance européenne dont il faut remédier.

Je vous propose d’aborder :

Les différentes préoccupations de l’UE et de ses pays membres face aux risques et aux réalités migratoires

La ligne imaginaire entre interventions humanitaire, policières et armées

De la faillite de la politique extérieure de l’UE à une réponse possible de l’OTAN

I - Les différentes préoccupations de l’UE et de ses pays membres face aux risques et aux réalités migratoires

Avant de décider des actions à entreprendre pour atteindre un objectif, il convient d’analyser les réalités et les options (GROW), et voir si ces dernières sont mesurables, accessibles, réalistes, réalisables et déterminées dans le temps (SMART), mais qui peut tout à fait intégrer ce que j’ai appris dans les forces « Un chef, une mission, des moyens ». Reste aussi à savoir de quel objectif parle-t-on ?

L’Europe doit être forte et non divisée de ses différences et porter attention aux revendications et attitudes de ses membres. Je pourrais en dire de même pour l’OTAN qui ont certes des gouvernances organisées notamment géographiquement mais composées de membres avec des cultures différentes et qui doit justement être forte de ses différences avec en son sein une identité européenne. Depuis mon passage dans les forces, notamment en Allemagne, puis ma facilitation sur l’Air Command & Control System (ACCS) à la Direction Générale de l’Armement (DGA), j’ai toujours considéré l’OTAN comme vecteur d’intégration européenne

Comme dans tout système, et je ne peux que le confirmer en tant qu’ancien risk manager de la DGA, il est normal d’endiguer certains flux surtout s’ils sont très importants, s’ils sont porteurs de dérives et s’il s’avère difficile d’effectuer le « coup de tamis » pour séparer le bon grain de l’ivraie, entre d’une part les migrants économiques qui peuvent aussi être opportuns, et d’autre part les réfugiés sécuritaires protégés par les droits de l’hommes mais surtout notre bonne conscience

Rappelons quelques principes fondamentaux de l’UE. Elle n’est pas née initialement pour créer un espace économique mais pour faire taire les canons, garantir la paix, l’unité, l’égalité, les libertés fondamentales, le principe de solidarité, le respect de l’identité nationale, le désir de sécurité, le respect des droits fondamentaux de dignité, liberté, égalité, solidarité, citoyenneté, justice (voir charte des droits fondamentaux). Elle y parvient peu à peu dans des mesures de différents niveaux donc économique, qui lui sert d’ailleurs d’arme, à défaut de défense commune, pour faire pression sur certains voisins.

Rappelons que la politique générale de l’UE est confédérale mais que son fonctionnement est fédéral où les éléments traditionnellement clés dans le chapeau de gouvernance fédéral que sont la défense, les relations internationales et l’économie, n’y sont pas mais y parviennent peu à peu justement du fait de nos différences

Nous trouvons les notions d’espace de liberté et la sécurité dans les compétences partagées entre l’UE et les Etats membres, où l’UE apporte une plus value à une action des Etats et détient un privilège d’exercice ou un transfert aux Etats au même titre que le marché intérieur, cohésion économique sociale et territoriale, agriculture et pêche, environnement, transports, énergie, justice, santé publique, recherche, espace, développement, aide humanitaire

Nous trouvons en « hors liste » la politique économique et l’emploi où les Etats reconnaissent un besoin de coordination ainsi que la PESC (sauvegarde des valeurs communes, Renforcement de la sécurité, Préserver la paix, Coopération internationale, Défense commune) où les compétences des Etats conservent leur politique étrangère propre. C’est en cela que les Etats européens ne ressemblent pas aux Etats des Etats-Unis ou de la Chine mais d’une certaine façon aux länders qui sont nés d’un modèle créé par les alliés

Rappelons que les compétences exclusives, régies sous le domaine des lois ou règlements, concernent l’union douanière, règles de concurrence, politique monétaire des Etats de la zone euro, politique commerciale commune et certaines parties pèche.

Les décisions sont prises plutôt à la majorité qualifiée et très rarement au consensus contrairement à l’OTAN sauf à l’unanimité pour les questions sensibles comme le respect des traités, mais également pour les domaines clés comme la fiscalité, la libre circulation et droits et devoirs des travailleurs, la citoyenneté de l’Union, la PESC, la coopération policière et judiciaire

Je rappellerai le principe de subsidiarité selon lequel l’UE doit agir lorsque les objectifs visés peuvent être mieux atteints au niveau de l’Union et ne doit pas intervenir lorsque l’action des Etats membres suffit pour atteindre l’objectif

S’agissant du sujet qui nous concerne, quand un pays appelle à l’aide comme l’Italie, quand un pays prend la décision de fermer ses frontières comme la Hongrie, et peut-être bientôt l’Autriche, voire la Pologne, quand un pays comme l’Allemagne en veut puis n’en veut plus, et inversement pour la France, avec une politique de quotas aux enchères sans réalités autres que politique ou humanitaire apparaît le principe de délégation individuelle limitée selon lequel l’UE et ses institutions ne peuvent pas décider elles-mêmes de leurs bases juridiques et de leurs compétences sauf « sécurité nationale » qui reste de la compétence exclusive des Etats.

Il s’agit donc d’une certaine faillite de la gouvernance, notamment sur un des domaines généralement réservés d’une politique fédérale touchant la sécurité des frontières mais qui n’est pas le cas de l’UE comme nous l’avons évoqué plus avant. Les compétences partagées entre l’UE et les Etats membres expriment leur limite dans cet exemple où l’Etat membre qui reçoit doit traiter le problème avec sa législation, les autres pouvant lui renvoyer la charge. Plus qu’un jeu psychologique, il en va d’une incohérence une fois de plus réaffirmée entre une Europe institutionnelle qui se veut forte mais uniquement sur le papier, alimentant de ce fait les nationalismes réactionnaires et légitimés. Et bien entendu une faillite financière par manque de moyens mais surtout de volonté pour ne pas secourir ces réfugiés et ces migrants mais est-ce peut-être à cause du peu de femmes et d’enfants apparaissant dans les images diffusées…

Nous nous retrouvons dans un cas traditionnel de management des organisations où il convient de transformer le « chacun pour soi » et « ce n’est pas mon problème » dans la création d’une équipe performante auto-responsabilisée et interdépendante où tout le monde devient concerné avec des institutions « porteuses de sens ».

Cela ne remet pas en question ni nos propositions de groupes de cohérence de fonctionnement, ni de Schengen qui doit fonctionner. Comme dans les risques naturels, ce n’est pas parce qu’un barrage est en amont qu’il faut s’empêcher d’entretenir et surveiller les canaux au-delà. Une coopération européenne police et gendarmerie doit également désormais dépasser le noyau dur actuel. Mais je dis aussi qu’il est tout à fait concevable d’avoir des attitudes particulières au sein d’un même groupe en créant des sous-groupes et des membranes internes sans pour autant casser la membrane générale et qu’il est important d’en prendre compte.

Notons que nous entendons plus actuellement l’ancienne ministre italienne à l’immigration, devenue désormais députée européenne, que la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini, elle aussi d’ailleurs italienne, mais ne devant plus défendre son seul pays. Les Etats-Unis ont un Buy American Act pour les produits mais également des règles sévères d’entrée pour les personnes. Mais ne peuvent ils pas prendre leur part après avoir déclenché une certaine instabilité ? Peut-être pourrions nous activer un article de réciprocité ?

II - La ligne imaginaire et les limites entre interventions humanitaire, policières et armées

De quel flux s’agit-il ? Les Huns, Visigoth Normands étaient des flux migratoires qui ont dévastés les pays par leurs comportements de conquête, poussant parfois devant eux d’autres peuples migrants apeurés. N’oublions pas que De Gaulle était un illustre réfugié dans un pays où il ne parlait pas la langue et condamné à mort dans le sien. Le monde a connu d’autres migrations spectaculaires comme entre l’Inde et le Pakistan et n’oublions pas les populations déplacées d’Europe de l’Est peu connues en France qui ne connaît pas les minorités. Aujourd’hui le risque du sud remplace l’ancienne menace de l’Est. L’Etat islamique provoque des flux entrants et des flux sortants. Selon Frontex et Médecin du Monde, entre janvier et septembre 2015 : ont été comptabilisés 256 000 arrivées en Grèce et 105 décès en Turquie (plus 2 mns de migrants selon l’ambassadeur); 2600 arrivées et 100 décès à Malte; 120 000 arrivées et 2600 décès en Italie, 2100 arrivées et 23 décès en Espagne. Ces nouveaux flux de migrants représentent une autre culture.

Quel est le besoin ? Le problème des migrants ou des réfugiés n’est pas nouveau et nous avons su le gérer jusqu’à maintenant. Je rappellerai les Espagnols en France dans les années 30 ou les boat-people Vietnamiens, les migrations en Allemagne, certes en perte vertigineuse de natalité, ou les migrants récents en Italie qui repeuplaient les villages. Etait déjà apparu la revendication sur la nourriture quand les Espagnols ne voulaient pas manger de pâtes « italiennes » venues aider Franco. Il s’agit désormais d’un problème de cohabitation entre les peuples dans certains villages qui cette fois voient la limite de l’accueil.

Il s’agit surtout, pour conserver une certaine crédibilité, de bien séparer les migrants demandeurs d’asile menacés dans leur pays et qui peuvent être protégés selon la convention des droits de l’homme et les autres qui profitent de l’aubaine de ce flux et doivent rentrer dans leur pays, voire ne pas le quitter. Il s’agit aussi d’identifier si possible les virus infiltrés qui gangrènent ensuite les populations émigrées et locales avec une idéologie et des attitudes de non intégration et de non tolérance. Le dispositif Shengen existe et doit fonctionner mais doit aussi prévoir et s’adapter à des situations de crise, comme vigipirate en France où les entrées sont désormais contrôlées

La situation semble à la fois confuse et organisée. On voit les ONG tenter de gérer la situation humanitaire sur terre et sur mer avec même Médecins du monde qui demande des collectes pour affréter des navires. On voit une consul honoraire de France vendre des Zodiac, mais aussi la marine turque dissuader les traversée à la limite de faire chavirer les embarcations, les navires Frontex des gardes côtes tenter de les secourir et l’Etat syrien renflouer ses caisses avec les demandes de passeport…

Les comportements peuvent être changeants d’un côté comme de l’autre et provoquer insécurité interne, instabilités économiques, mais également religieuses et extrémistes. On parle de soulèvement des migrants mais il faut relever aussi le soulèvement de la population devant les chapardages sans peur dans les vergers, même quand il s’agit de vrais réfugiés venant avec leurs tablettes numériques et cartes de crédit, soit ne disposant pas de ressources pour même franchir la frontière.

Les actions de police ne sont donc pas loin mais les canons à eau suffisent-ils toujours ? Doit-on faire intervenir la police, la gendarmerie ou l’armée ? En France en 1968, les parachutistes étaient prêts. Récemment, une sénatrice marseillaise avait demandé l’intervention de l’armée dans les quartiers sensibles

En France, les forces ne sont pas impliquées pour la gestion des migrants sauf pour ce qui est de la sécurité liée aux effets induits de la crise sécuritaire avec Vigipirate avec un emploi de 5 000 à 10 000 personnes, comme au Royaume-Uni. On pourrait aisément se poser la question de l’utilisation possible des réserves militaires et civiles, comme en Allemagne et en Autriche. Je rappellerai aussi que pour ce qui est des réfugiés, ils sont pris en charge en attendant que l’Etat statue sur la validité de leur statut et la rentrée dans le système social français.

L’office français des réfugiés commence à intervenir en amont au Liban, notamment pour les réfugiés sans ressources afin de sauver, comme le répète le directeur de l’OFPRA, « ces hommes, ces femmes, ces enfants » peut être pour rappeler qu’il n’y a pas que des hommes.

La délégation limitée à l’agence FRONTEX doit être renforcée par une force d’action rapide maritime européenne, comme l’IRCE l’a demandé en 2014, afin de surveiller et protéger l’espace maritime des navires de contrebande comme il est possible de le faire en mer d’Oman contre la piraterie. Le plan Mare Nostrum italien doit devenir européen avec des contributions diverses en matériel, hommes, budget et soutien logistique.

Il faut à la fois éteindre les flammes et dresser le coupe feu. A situation particulière, mesures particulières. Pourquoi ne pas encadrer ces opérations par une force internationale déjà désormais habituée à œuvrer dans le cadre humanitaire et qui dispose de structures appropriées ?

III - De la faillite de la politique extérieure de l’UE à une réponse possible de l’OTAN

Il s’agit de la faillite de la politique de voisinage, qui fait partie de la politique extérieure, car on voit bien que l’investissement que l’Union Européenne réalise chez de nombreux pays partenaires, même non candidats à l’intégration, pour consolider les aspects de démocratie, d’état de droit, de droits de l’homme, de gouvernance, d’économie de marché et développement durable, afin notamment de limiter l’immigration non contrôlée, avec une limite d’ingérence, parfois délicate, ne porte pas ses fruits. Cette politique institutionnelle de l’UE est de plus en décalage avec la gouvernance dans le cas de l’immigration qui doit aujourd’hui être gérée localement.

Il s’agit de la faillite d’EUROMED car on voit bien que les flux les plus risqués viennent d’Afrique et du bassin méditerranéen et qu’une vraie politique d’interdépendance et de responsabilisation doit désormais être faite avec une forte communication, plus qu’une pédagogie, pour dire aux populations certaines réalités avant qu’elles ne s’engagent dans l’inconnu bien plus risqué que leur vie actuelle sauf s’il s’agit d’une action programmée. Peut-être faudrait-il une convergence entre s’une part l’UE pour les programmes de développement et d’autre part l’OTAN qui traite en multilatéral avec quelques pays (Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Maroc, Tunisie, Mauritanie) et bilatéral avec d’autres.

Ces flux de migrants demandeurs d’asile sont surtout indirectement liés à des décisions militaires d’intervention extérieure impliquant certains états européens, dont la France, avec une absence de vraie décision européenne, pour lutter contre le terrorisme mais sans voir les effets sous-jacents des flux migratoires potentiels. J’ai été à la fois fier et honteux de cacher une certaine vérité quand un Malien m’a dit « merci à l’Europe » en voyant mon épinglette européenne, même si certains états, individuellement, ont contribué à un soutien logistique.

Devant ces constats, l’imbrication UE/OTAN pour des missions de sécurité civile pourrait y voir aussi un sens. L’OTAN et l’UE devraient se rapprocher davantage dans la politique sécuritaire sans rajouter de strate dont nous n’avons plus les moyens, pour lutter contre le terrorisme. En période de crise, il faut savoir identifier les outils qui fonctionnent à la fois en matière budgétaire et opérationnel, sans forcément y perdre son âme comme le craint l’opposition française à l’OTAN même si les Etats-Unis, plus gros contributeurs et instigateurs de l’organisation, imposent souvent leur leadership avec leur politique du carnet de chèque, afin d’aboutir au consensus. Notons une certaine cohérnce de format entre l’OTAN et ses 28 pays, l’UE et ses 28 pays avec Frontex et les 26 pays Schengen non uniquement dans l’UE.

Reprenant les termes du site de l’OTAN, je rappellerai que l’OTAN est une alliance politique et militaire dont « l’objectif fondamental est la sauvegarde de la liberté et de la sécurité de tous ses membres par des moyens politiques et militaires » « POLITIQUE : l’OTAN a pour but de promouvoir les valeurs démocratiques et d’encourager la consultation et la coopération sur les questions de défense et de sécurité afin d’instaurer la confiance et à long terme de prévenir les conflits ; MILITAIRE : L’OTAN est attachée à la résolution pacifique des différends. Si les efforts diplomatiques échouent, elle possède les capacités militaires nécessaires pour entreprendre des opérations de gestion de crise. Celles-ci sont menées dans le cadre de l’article 5 du Traité de Washington – le traité fondateur de l’OTAN – ou sous mandat de l’ONU, par l’OTAN seule ou en coopération avec d’autres pays ou organisations internationales »

L’OTAN est surtout en place aujourd’hui en dehors de ses pays membres et surtout à l’extérieur pour prévenir les menaces en adéquation avec la politique de voisinage de l’UE. Depuis son intervention dans les Balkans, l’OTAN a accru ses interventions et leur diversité et agit maintenant aussi bien pour des missions de combat et de maintien de la paix (retour à la paix) qu’à la surveillance et aux secours humanitaires en passant par le soutien en matière de formation et de logistique. Je citerai surtout le Kosovo où on lit que l’OTAN a « imposé la paix », la Bosnie Herzegovine avec le relais d’une force de l’UE suite aux actions de l’OTAN, l’ex république yougoslave de Macédoine et surtout la surveillance en Méditerranée avec une dimension supplémentaire pour la lutte contre le « terrorisme » avec la détection d’activité et l’escorte de navires, qui s’est avérée efficace et enfin la mission anti-piraterie du golf d’Aden en 2008 au large des côtes somaliennes pour escorter des navires affrétés par la programme alimentaire mondial en transit, qui certes n’ont pas généré un tel flot de migrants.

* * *

L’Europe a réussi à intégrer les pays de l’Est dans l’urgence alors qu’elle n’y était pas encore prête et en leur consacrant tous ses efforts. L’Europe occidentale s’est enfin retrouvée mais la vision initiale des pays fondateurs a sans doute évolué. Je ne suis pas favorable, comme le réclament certains parlementaires, à ce que les « petits » pays s’effacent dans les grandes décisions de politique générale et en situation de crise car ils ont des choses à dire, donnent en retour souvent beaucoup et c’est unis et à l’écoute de tous que nous sommes justement plus fort, comme nous l’avons réussi certaines fois. Elle saura, désormais avec eux, unie dans la diversité, répondre à cet objectif de résolution de crise qu’il faut atteindre avec sens, de façon mesurable, réaliste, réalisable et déterminé dans le temps en analysant toutes les réalités et en agissant de façon raisonnée.

Je vous remercie de votre attention.

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L’impossible livraison française et européenne des Mistral à la Russie

9 Août 2015 , Rédigé par francoischarles Publié dans #europe, #défense

L’impossible livraison française et européenne des Mistral à la Russie

Au lendemain de l’accord entre la France et la Russie pour le règlement du litige sur les Mistral, il était bon de rappeler pourquoi cette livraison était impossible au grand mépris de ceux qui ne voient qu’un possible arrêt des relations industrielles et commerciales, de ceux qui dénoncent une soit-disant attitude soumise aux Etats-Unis et anti-russe de la France, de ceux enfin qui ne voient que le coût - momentané - supporté, sans y déceler les éléments positifs européens sous-jacents qui devront faire date.

Par François CHARLES

Conseil en stratégie et management, ancien officier de l’armement, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (IRCE)

Avant tout commentaire hâtif, le lecteur sera invité à se reporter à tous les autres articles objectifs écrits sur la crise et au dossier de l’IRCE sur le détail des sanctions européennes et russes en écho. On peut rappeler en quelques mots que, suite aux événements en Ukraine, les Européens ont mis en place d’une part, un embargo sur les importations et exportations d’armes ainsi que de technologies duales à des fins militaires de et vers la Russie élargies à 9 sociétés mixtes, mais non à la vente de biens et technologies à double usage destinés à l’industrie aéronautique et spatiale ; et d’autre part un gel des avoirs des principales personnes de l’entourage de Vladimir Poutine jugées responsables de la crise. En retour, V. Poutine a gelé l’importation de denrées alimentaires européennes, blâme les Européens, mène des campagnes indirectes de dénigrement des dirigeants, les accusant d’avoir pris le pouvoir européen sans légitimité du peuple, et pratique l’autodafé de fromages lettons ou de pommes polonaises, comme d’ailleurs certains Français le font illégalement avec la viande espagnole…Rappelons aussi que la France avait validé la signature de ce contrat même sous la pression étasunienne.

Dans une interview de juin, V. Poutine répondait à un journaliste russe que - selon le traducteur - « la non livraison des navires, qui auraient du être utilisés en Extrême-Orient, (pour éviter peut-être de dire contre les côtes polonaises, roumaines ou bulgares ou en mer méditerranée.) était sans conséquence pour les capacités de défense de la Russie qui survivra ». Il disait être « persuadé, (afin sans doute d’entretenir son capital sympathie), que la France et ses dirigeants étaient des gens d’honneur, qu’ils rembourseraient, que les sommes versées iront vers d’autres contrats nationaux (…), et que le dossier était clos », tout en relevant que « la fiabilité était néanmoins désormais affaiblie et douteuse au sein du bloc militaro politique qu’est l’OTAN ». Il réduisait donc ce litige à un simple contrat commercial, comme le pensent certains industriels et une bonne partie de la population qui se permettent de critiquer les décisions prises, pensant également que ces bateaux ne seront jamais vendables ailleurs. Ils oublient que les choix de défense sont des choix politiques et que les exportations de défense en France sont « interdites sauf ». Mais il rajouta que « finalement l’essentiel avait été de donner du travail aux chantiers français ». Cette pseudo bienveillance industrielle minimisant les capacités technologiques exportées et jouant au sans toi, pourrait sans doute rejoindre l’affront qui fit Barak Obama, à François Hollande lors d’une réception, considérant la France et les pays européens partenaires comme ses filles, nous rappelant les deux facettes potentiellement changeante du paternalisme, directive ou bienveillante, notamment vis-à-vis de l’article 5 de l’OTAN.

Même si le dernier livre blanc de la défense français n’est pas très européen (voir article IRCE), osons croire que cette décision française, pays européen de l’OTAN le moins dépendant des Etats-Unis, répond à une cohérence de solidarité européenne pour une fois à l’unisson sur un problème de paix et de sécurité, fondement historique de l’identité de l’Union européenne. Il n’était pas concevable d’exporter à un pays qui menace désormais l’Ukraine, candidate probable à l’intégration, mais surtout aussi directement la Pologne, qui a réellement peur, comme ses proches voisins baltes et roumains, qui resserre ses liens européens et français par ses achats de défense, comme elle avait d’ailleurs envisagé de le faire en 1939, et qui réclame de plus importants signes de sympathie et de reconnaissance.

Merci à M. Poutine pour sa planche à secousse qui permet de trouver de nouveaux marchés, même si le résultat n’est pas homogène car les uns blâment certains autres avec les effets ressentis de la concurrence commerciale interne non suffisamment régulée par la Commission. La Pologne, l’Ukraine et la Roumanie sont lointaines pour un Français qui dose sa solidarité, comme peut-être auparavant quand un basque allait combattre sur le flanc est de la France. Mais une certaine fierté nationale existait, ce qui fait aujourd’hui défaut au niveau européen, sauf peut être pour le million de bébés né des échanges Erasmus avec d’ailleurs tous les problèmes juridiques induits non résolus …

Au-delà des aspect commerciaux, il y a peut-être opportunité pour avancer d’une part sur la décision européenne d’exportation de matériel de guerre, d’autre part sur le Buy European Act, consolidant la directive 2009 sur marchés de défense et de sécurité, et enfin sur la mise en place d’une Direction Générale Défense et Sécurité à la Commission européenne.

Par ailleurs, l’histoire fait souvent que les couples se lient et se délient. Les Européens étaient autrefois proches des Russes quand ils étaient ligués contre Napoléon. L’interdépendance est parfois difficile avec les alliés ou anciens alliés de cœur, de nécessité, de voisinage ou avec les anciens envahisseurs. Les antagonismes existent alors que les peuples s’aiment comme nous le prouve la désormais amitié franco-allemande illusoire il y a encore 65 ans. Aussi, et afin de mieux nous comprendre, la Russie, européenne, ne pourrait-elle pas être observatrice des travaux européens comme elle l’a été avec l’OTAN ? Reste à savoir quand…

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Le Rafale désormais un succès français mais également européen à l’export

6 Mai 2015 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense, #international, #europe

Le schéma se répète. Il aura fallu une certaine crise sécuritaire, certaines prises de position diplomatiques, un euro moins fort et sans doute une douce violence pour faire aboutir les négociations afin que l’Inde, suivie par l’Egypte, financée par l’Arabie Saoudite qui achète à d’autres pays européens, et le Qatar puis prochainement d’autres, comme certainement les Emirats Arabes Unis, se décident à s’offrir cet avion polyvalent dont la valeur technique était reconnue depuis longtemps. Comme je l’écrivais lors de la vente du Gripen au Brésil, nous devons nous réjouir de ce succès français mais également européen, unis en interdépendance dans la diversité et non en éternels concurrents comme nous avons aussi hélas le faire en franco-français.

Par François CHARLES

Ancien responsable d’affaires industrielles internationales dont aéronautique et de la politique de compensations à la DGA, DESS Défense, Président de l’IRCE et de NOVIAL Consulting

Cette vente doit être un succès européen politique et diplomatique pour reconnaître certaines zones d’influence française, en complément de celles d’autres pays européens, dans une logique de représentation commune appuyée par la Haute Représentante des institutions. La vente au Moyen Orient répond à une nécessité de protection face à une menace de déstabilisation mais également à un besoin de double source d’approvisionnement et d’indépendance de certains pays de la zone face aux Etats-Unis ou la Russie. D’autres pays sont concernés dans le monde, comme par exemple le Japon qui a récemment signé un accord avec la France dans le domaine de l’armement, suite aux premiers échanges des années 90, afin de sortir du lien unique étasunien, en levant notamment désormais son interdiction d’exporter après avoir assoupli sa notion d’autodéfense.

Elle doit être un succès européen marketing, commercial et technologique sur le produit, sa maintenance et sa gouvernance de fabrication. Les choix de défense sont certes politiques mais se confortent d’éléments technologiques et économiques pour répondre à un besoin opérationnel et parfois uniquement de dissuasion. Le Rafale est un produit haut de gamme multirôles à la fois bombardier, chasseur, avion de reconnaissance et adaptable sur porte avions, ce que ne sont pas, par exemple, le Gripen ni l’Eurofighter Typhoon (EFA). Cette caractéristique peut être importante dans certains cas pour satisfaire les attentes des clients, non forcément identiques, comme nous l’avons vu au Brésil et en Suisse qui n’avaient pas besoin d’un tel avion à tout faire au détriment cette fois-ci du Rafale. Comme il convenait de reconnaître le succès du Gripen, avion européen, j’espère que les Suédois comme les autres industriels et pays européens reconnaissent officiellement le Rafale sur certains marchés et peuvent l’aider avec leurs différences. Et c’est bien la force potentielle de l’Europe de pouvoir proposer cette diversité de produits, de savoirs faire et de savoir être avec une spécialisation de ses pays et ses industriels unis pour des projets externes. Ceci soude souvent les organisations même si une concurrence interne et constructive peut y être saine, comme il convient même de l’instituer au sein de cluster ou de pôles de compétitivité. Peut-être doit-on aussi finalement considérer l’avion F-35 américano-européen comme tel pour nous aider à nous organiser, comme les Etats-Unis l’ont fait pour nous pousser à la construction de l’Europe ? En matière de gouvernance de projet, il s’agit du choix d’un constructeur unique d’un pays unique qui est certes fragilisé tant que l’avion ne se vend pas à l’export, contrairement aux autres pays qui achètent en commun et font travailler leurs propres industriels en garantissant un carnet de commandes. C’est l’exemple de l’EFA avec des achats sûrs en Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, qui savent aussi réduire les montants initiaux, et à l’export en Arabie Saoudite, Autriche et Oman. Le Rafale parait cher mais l’équation globale semble gagnante car contrairement au civil et au succès d’Airbus, qui fait la guerre tous les jours, le coût de production en commun dans la défense reste plus élevé de par une industrie « protégée » car liée aux intérêts des nations avec néanmoins les limites économiques que l’on sait qui peuvent parfois pousser à la raison. MDBA semble être un exemple de modèle industriel original au service de la défense européenne. Il s’agira aussi de veiller avec soin sur l’ingénierie et les coûts de maintenance et de leur facturation, où l’EFA n’est pas non plus un modèle du genre alors que l’expérience Tornado pouvait le bonifier. Nous pouvons aussi partager nos compétences dans ce domaine désormais clé, également pour la vente, avec un rôle de l’OCCAR, agence internationale, garante de l’équilibre à la fois d’une contractualisation et d’une gestion de configuration initiale forte. Elle doit aussi s’intéresser à la gestion en utilisation avec la considération des identités respectives propres aux réalités liées à la défense loin de répondre volontairement à l’accompagnement au changement. Le management de projet A400M cherche sans doute à réduire les risques de déperdition par une unité de management unique mais sans doute au détriment de cette identité qui doit être préservée comme nous le préconisions dans notre étude sur les meilleurs modèles de coopération industrielle, une sorte de cohabitation entre le moule Airbus et le modèle multidomestique Thales. Espérons enfin que le Service Industriel de l’Aéronautique français rattaché encore à l’Etat sera mis à contribution pour ces compétences en maintenance même pour ce contrat export.

Elle doit être enfin un succès européen sur les compensations réclamées. Les ventes d’avions de chasse, mais aussi de biens à haute valeur technologique sont particulières. En dehors théoriquement de l’Union où l’on tente de faire respecter la directive européenne de 2009 sur les marchés de défense et de sécurité dans une plus grande logique de transparence des marchés et de coopération, elles s’accompagnent quasi-systématiquement de compensations industrielles, financières et/ou commerciales au-delà de la formation des pilotes, d’ailleurs souvent payée. Elles dérogent généralement aux règles du commerce international au profit du pays acheteur, de ses industriels et de son développement économique, avec un jeu de négociation portant sur la valorisation des éléments de haute technologie et notamment face au Buy American Act imposant jusqu’à 75% d’implication industrielle locale, un des points qui pourrait être remis en cause dans le Traité Transatlantique. Même si poussées politiquement, elles peuvent rendre les ventes peu rentables et finalement non justifiées économiquement pour le vendeur ou son pays ne sachant pas les expliquer dans l’approche globale de la transaction (votation Suisse contre le Gripen). D’un aspect positif, elles peuvent permettre par contre de créer des liens nouveaux entre PME sous-traitantes, qu’il ne s’agit pas non plus de remplacer d’un coup de crayon comme autrefois, comme l’ont bien compris les Britanniques. Ces ventes au Moyen Orient ont un avantage car les pays arabes sont pour l’instant moins gourmands en transferts de technologie. Elles ont aussi un inconvénient quand l’industriel ne parvient pas à réaliser ses obligations indirectes qui ne rentrent pas dans son domaine d’activité où quand l’Etat tutelle en impose en signant directement des engagements avec l’état acheteur. Revenant sur la pensée européenne, j’émets le vœu pieux que les autres pays européens et leurs industriels aident la société Dassault Aviation et la France, si elles l’acceptent à remplir ses engagements de façon décloisonnée comme nous l’avions essayé de l’instituer en France dans les années 90 à travers toute la communauté industrielle et étatique de défense, gage ultime de qualité face notamment à la politique du carnet de chèque étasunienne généralement employée.

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La France adoubée nouveau leader responsable du groupe européen de l'OTAN

19 Février 2014 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

Cette vision n’est peut etre pas exactement celle de Barack Obama, même après l’attention très particulière qu’il a donné à son invité français, qui s’en est réjoui et avec lequel il semble partager les mêmes valeurs de protection des droits de l’homme et le même courage pour éviter qu’un 11 septembre ne recommence.

Elle n’est peut être pas non plus celle de certains militaires français qui n’ont pas encore compris que l’OTAN était un vecteur d’intégration européenne plus qu’une façon de perdre notre âme.

Mais c’est celle qui devrait être à la fois pour la dynamique européenne et pour une juste interdépendance avec les Etats-Unis qui nous aident finalement à devenir européens et à travailler ensemble.

 

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Par François CHARLES
Economiste, ancien officier de l’armement et expert OTAN, conseil en stratégie et management, Président de l’IRCE

Au moment où Catherine Ashton donne désormais de la voix pour l’Europe, même parfois de façon inopportune,  le temps où nous luttions à l’OTAN contre le couple américano-britannique, notamment sur les affaires industrielles, semble être révolu. Nous sommes même presque au pardon sur le pillage européen par l’avion de chasse F-35 et des écoutes.

Le retour à l’atlantisme chiraquien et à l’Union sacrée de 1776 est avéré et diffère de l’avènement de F. Mitterrand quand les Américains avaient peur des socialistes et de communistes revenus au pouvoir. Mais F. Hollande a bien dit qu’il était social démocrate et on le croit volontiers. 

Barack Obama voit que la France tire les Européens dans une certaine segmentation d’intervention, comme avec le transport logistique au Mali où la Belgique a envoyé 129 appareils, l’Allemagne 95, les Etats-Unis 70, le Danemark 37 et le Royaume Uni… 2. Barack Obama est un visionnaire réaliste, comme l’était Mickaïl Gorbatchev. Il a donc choisi son leader européen, pourtant parmi les plus indépendants des Etats-Unis, pour prendre en main la destinée de la défense européenne, adressant par là même un signe aux autres nations du continent. La France n’a pas officialisé son statut dans l’OTAN, où elle oeuvrait déjà, pour perdre son identité mais pour valoriser ses approches avec ses voisins européens. Barack se rappelle que la France, Robert Schuman et Jean Monnet ont été les moteurs de l’Europe, comme du fait que T. Jefferson était très francophile. On peut penser qu’il considère F. Hollande comme un leader responsable mais également opérationnel de par le travail et les décisions, voire celui de processus par la façon de travailler, même si les autres pays d’Europe continuent à ne jurer que par les Etats-Unis et l’OTAN, leaders d’autorité et psychologiques, pour éviter notamment toute duplication budgétaire, mais également par souvenir d’un certain attentisme en 1938.

Par ailleurs, autant il faut comprendre qu’un Allemand préfère un euro fort pour ne plus vivre la république de Weimar, autant il faut admettre qu’un Allemand ne rêve pas d’intervenir dans le monde alors qu’un estonien le fait et autant il faut considérer que les Etasuniens ne demandent pas mieux que l’Europe soit en paix sans forcément y être présent ni avoir un devoir protecteur. N’oublions pas que les Etats-Unis ont sauvé plusieurs fois le diamant européen aux multiples facettes, mais bien réuni dans une même pierre, contre un pouvoir unique, synonyme de privation de liberté et de droits de l’homme. Mais rappelons nous qu’ils ne sont rentrés en guerre que tardivement à chaque fois et généralement par l’incitation française. Nous devons sans doute comprendre que les Etats-Unis, dont nous sommes les ancêtres, ne sont pas contre l’Union européenne, même économique, même s’ils souhaitent la contrôler tant qu’elle n’est pas stable. Nous devons aussi croire que Barack Obama ne défend pas forcément la position française mais ce qu’il y a de mieux pour l’Europe tout en sachant que le livre blanc français de la défense n’est pas européen. Au-delà du fédéralisme, encore très incompris, n’était-ce pas finalement cela le message de Jean Monnet, lié aux Etasuniens pour l’initiative de la CECA, de la CED et de l’armée européenne rejetée finalement par la France ? Les Etats-Unis ont reporté leur regard en Chine désormais et cherchent un gardien des clés. Ils nous donnent une forme d’autorité mais nous devons veiller à garder une certaine interdépendance tout en en profitant pour faire bouger les lignes.

La France, qui a offert la statue de la liberté aux Etats-Unis, doit la considérer ainsi et non comme nouveau lien privilégié des Etats-Unis pour faire la guerre dans le monde sans contrepartie notamment celle de « tu m’aides à garder le monde et je t’aide économiquement… ». Barack Obama ne peut avoir une autre idée derrière la tête et se souvient aussi des talents de médiateurs de Nicolas Sarkozy en Géorgie.

Sachons mettre à profit ce leadership acquis pour travailler avec des lunettes européennes au sein de l’OTAN comme quand nous avions réussi autrefois ensemble face aux solutions anglo-américaines pour l’ACCS (radars). Il est temps de  penser autrement pour agir autrement et faire migrer désormais les systèmes en toute confiance, pour n’en faire qu’un au niveau européen au sein de l’OTAN, capable de s’en extraire en cas de besoin mais sans rompre la membrane externe. Nous pouvons créer cet espace  militaro-industriel européen déjà en constitution à l’OTAN comme auprès de l’OCCAR, de création française, et de l’AED en profitant également des crédits étasuniens, ne serait-ce que pour établir un centre de simulation opérationnelle afin d’apprendre à fonctionner entre nous et harmoniser les besoins et les matériels en Europe et non plus aux Etats-Unis.

Ainsi l’armée européenne ne sera plus une armée de circonstance.

Nous autres militaires, même et surtout ayant fait des manœuvres interalliées, savons bien que si les Français et Allemands peuvent travailler ensemble, ils ne peuvent fusionner leur identité. Les interventions OTAN fonctionnent car elles ne cherchent pas à fusionner les composantes. Nous savons que l’Eurocorps, créé en 1993 entre la France et l’Allemagne, puis élargi à la Belgique et Espagne en 94, ne fonctionnera pas dans une identité commune et tant qu’il n’aura pas un budget dédié, comme à l’OTAN. Dans le domaine militaro-industriel, le modèle multidomestique Thales durera plus longtemps que le ciment Airbus, quasiment disparu, alors qu’il fonctionne dans le civil.
 
Notre fierté d’Européens, ne doit plus trembler de peur que les conditions d’emploi du corps européen et que le test de capacité opérationnelle dans un cadre OTAN ne soient pas respectées. Nous ne devons plus lire que l’OTAN doit être à disposition de l’UE en cas de crise mais plutôt que  la partie européenne de l’OTAN, quasi copier-coller des membres de l’UE, peut gérer cette crise d’autorité et faire appel aux autres sous-groupes de l’OTAN en bonne intelligence en cas d’ultime besoin. L’intervention de 98 en Bosnie puis au Kosovo, l’intégration de la Pologne, les accords techniques avec la Turquie et l’Autriche, l’intervention en Afghanistan sous le drapeau de l’OTAN, le travail avec l’OTAN dans l’Intervention Security Assistance Force (ISAF) et les accords SACEUR nous ont appris à travailler ensemble en attente de nouveaux impétrants. Nous pouvons encore rêver d’une Europe économique et de défense de l’Atlantique à l’Oural avec un grenier minéral commun en Sibérie… Mais désormais nous pouvons, avec la bienveillance étasunienne, aller au-delà de la nécessaire interopérabilité. Dans les entreprises, le passage aux normes ISO doit être un stade plus qu’un but. Il doit en être de même pour notre défense et pour notre avenir d’Européens.

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Rejouissons-nous, un avion européen dansera la Samba !

22 Décembre 2013 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

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Le livre blanc sur la défense 2013 : consolidation et contradiction (2/3)

17 Juillet 2013 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

Suite de la partie I

 

 Le livre blanc sur la défense est sorti. Au lendemain d’un séminaire européen de haut niveau où j’ai entendu des militaires européens demander des directives politiques, à l’heure où le Président de la République ne parle que d’Europe, je m’attendais à un livre nouveau, même si le drapeau allemand ne s’est pas baissé, traditionnellement, devant le chef de l’Etat français le jour du 14 juillet.

 

Par François CHARLES

Economiste, conseil en stratégie et management, ancien responsable d’affaires industrielles Europe et Asie à la DGA, DESS Défense, Président de l’IRCE.

 

retrouvez cet article sur le Cercle Les Echos


V : L’engagement de la France dans l’Alliance atlantique et dans l’UE. « Non au replis sur soi pour nos seuls intérêts vitaux, non à la sécurité déléguée à l’OTAN, non à la défense européenne intégrée ». Au moins c’est dit clairement. Mais avec peut-être trop de force et sans méthode apparente de pensée raisonnée. Le livre blanc ne fait apparaitre l’OTAN que politico-militaire alors qu’elle est également économique avec des  montants financés par les membres pour l’acquisition et la maintenance, voire qu’elle est diplomatique quand sa force elle-même peut dissuader. Tout le monde reconnait par contre que l’OTAN sert à « développer en temps de paix des procédures et des standards communs ». Mais cet aspect est essentiel pour l’interopérabilité des forces et cette normalisation est une arme commerciale dont nous aussi pouvons profiter face désormais à la Chine ; la Corée et le Japon étant déjà aux normes étasuniennes. L’Union Européenne (UE) y apparait  commerciale, économique et diplomatique. Là il s’agit sans doute d’un souhait car beaucoup de monde en France  attend cette affirmation diplomatique.

 

Il est fait état de  défense intelligente, « smart defence », par optimisation des dépenses militaires alliées par le biais de mutualisation, d’acquisitions internationales et par le financement en commun de capacités alliées. On ne parle évidemment pas de l’effet fédérateur négatif  du F-35 pour ne pas heurter nos alliés mais cet exemple devrait vraiment être traité avec courage entre européens, ce qui n’est pas encore le cas. « L’OTAN et l’UE ne sont pas concurrentes ». Elles sont donc complémentaires  mais je ne vois ni ne lis les différences. Je ne lis pas non plus qu’il faut savoir profiter de l’OTAN comme d’un effet de levier pour valoriser la coopération européenne et investir en Europe avec l’aide notamment des Etats-Unis et du Canada. Nous sommes finalement peu à avoir voulu et compris l’intégration globale car peu ont vu, surtout des militaires, comment nous pouvions manœuvrer en faveur de l’Europe comme nous avons réussi à le faire pour l’ACCS. « La France dans l’UE » rappelle qu’il faut faire face ensemble et que « la construction européenne en matière de défense est une priorité » (…) mais sans donner la clé qui est de travailler sur des documents uniques mais en communiquant ensuite avec l’identité de chaque nation. Oui, il faut donc faire un livre blanc de l’UE, et oui, la PESC doit être un instrument et non une fin en soi. Oui, l’analyse des risques et des menaces et les conjonctions d’expériences d’actions extérieures doivent être partagées mais il n’est pas fait état de la méthode individuelle et collective. Oui il faut une augmentation de la capacité d’action extérieure mais sans vraie segmentation au-delà de l’accord naval franco-britannique, la notion de défense restera de permanence ou de circonstance. Il fallait bien un paragraphe sur l’OCCAR (organisation conjointe en matière d’armement qui gère les programmes généralement trop franco-ci, franco-ça), sur la consolidation de la Base Industrielle Technologique de Défense (BITD), sur l’Agence Européenne de Défense, et sur la stratégie intégrée. Mais si le fait d’en parler ne résout rien, cela réaffirme certes une notion de politique industrielle parfois abandonnée puis remise en avant mais sans parler d’Europe intégrée ni d’en donner les clés. Nous y reviendrons plus tard.

 

VI – la mise en œuvre de la stratégie

 

Le livre blanc de 1972 parlait de dissuasion, celui de 1994 de l’armée de métier, celui de 2008 de l’extension stratégique de sécurité nationale et enfin celui de 2013 réaffirme la connaissance et l’anticipation, la dissuasion, la protection, la prévention et l’intervention notamment à travers le renseignement d’origines multiples, à savoir humaine, électronique et informatique. L’aire toute puissante des drones est arrivée pour l’organisation du renseignement. Mais les avions et les navires sont encore là pour emporter les missiles nucléaires en espérant un désarmement total et son contrôle. On y parle rapidement des problèmes d’eau en Afrique mais n’oublions pas non plus qu’elle est une source de tension réelle à nos portes entre notamment la Turquie et ses voisins arabes. Il est enfin réaffirmé que la France doit et veut se doter des capacités à s’engager dans les zones prioritaires définies que sont la Méditerranée, l’Afrique, le golfe arabo-persique et l’océan indien pour des interventions « seul ou avec alliés » dans tous les domaines ainsi qu’en gestion de crise  civile et militaire. J’y rajouterais « dans les limites de certaines réalités et désormais d’options réalistes et réalisables » pour contraster avec notre ancienne politique d’indépendance et du coûte que coûte qui est par ailleurs toujours développée au Japon qui se « réveille » peu à peu militairement.

 

VII – les moyens de la stratégie

 

La période 2014 – 2025 se verra allouer 364 Md€ dont 179 pour la loi de programmation militaire 2014 – 2019 qui n’est pas encore sortie et qui empêche certains responsables de la DGA d’intervenir en colloques. Comme je l’écrivais dans un précédent article, il s’agit d’un budget de sagesse qui de toute façon servira comme toujours de variable d’ajustement. Je pense que le salut de consolidation pourra en partie venir de l’Europe avec la création d’une direction générale avec un budget dédié par règlement au-delà d’un service extérieur relié à la DG Relex. La position française revient au premier plan quand on lit qu’il faut « pouvoir entrer les premiers sur un théâtre d’opération ». On parle désormais DU porte-avions, mais sans rappeler que nous ne pouvons plus nous payer un second assurant la continuité du premier et des missions quand il est en entretien de longue durée. Nous devons donc espérer qu’il fera bon ménage dans une  force intégrée franco-britannique des deux grandes nations navales européennes où s’affrontent cependant historiquement deux logiques d’interventions différentes. Il est fait état de la rédaction annoncée du format des forces mais sans aucune piste sur l’imbrication qualitative européenne alors que le début de l’ouvrage parle d’ouverture vers la segmentation. La France veut donc une intégration mais ne parle que d’elle, ce qui ne reflète pas le discours politique européen. Le sujet A400M qui n’a toujours pas été vraiment résolu de façon satisfaisante dans sa globalité est LE vrai sujet fédérateur européen du moment. Il semble pourtant être mis sous silence, comme s’il était réglé, notamment sur la maintenance qui doit rester l’élément clé pour une vraie approche européenne afin de ne pas revivre les dérives du TRANSALL. Par contre, la dimension européenne et de sécurité nationale est bien affirmée pour lutter contre le terrorisme, pour la gestion de crise, la continuité d’activité (incluse théoriquement dans la gestion de crise…), la vigilance  NRBC et la cyber-sécurité en activant la réserve citoyenne mais sans mettre en avant l’académie de gendarmerie européenne. Enfin, on aborde le domaine des satellites avec Galiléo, vrai autre projet européen qui devrait davantage être mis en porte étendard pour rappeler que la coopération européenne est possible et nécessaire.

A Suivre : partie VIII sur l’industrie de défense et de sécurité


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