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Le blog philosophique de francois CHARLES

Syrie : le passer outre de l’ONU cachera l’échec politique de l’Union européenne

28 Août 2013 , Rédigé par francoischarles Publié dans #europe

 

 A la veille de l’intervention en Syrie, avec la concentration de forces projetées occidentales et le retrait de ressortissants russes, la défense européenne semble une fois de plus se limiter à quelques pays. Le « passer outre » de l’ONU sauve finalement le consensus mou et l’échec des négociations de l’Union européenne et de la ligue arabe, à moins qu’elle ne les montre mieux.

 

Toujours est-il qu’il faut en finir avec ce conflit interne, réactivé avec une phrase d’adolescent « Bachar dégage » écrite sur un mur, mais en prenant bien en considération que c’est une fois de plus une lutte religieuse et que c’est cette région qui allumera sans doute la maiche du prochain conflit mondial mais aussi qui soudera peut-être ensuite davantage l’Europe.

 

Par François CHARLES

Economiste, conseil en stratégie, intelligence économique et management, président de l’IRCE, ancien responsable Europe et Asie à la DGA

 

Madame Ashton, la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères nous assurait de ses efforts pour négocier, comme le faisait l’ONU, sur un pays proche de nos frontières. Mais encore fallait-il le faire avec méthode et efficacité pour éviter que le temps laissé à la diplomatie ne laisse aussi le temps à  la  réduction des révoltes.

 

Il faut donc cette fois une intervention chimique contre les populations pour faire réagir les ministres des affaires étrangères de l’Union qui se sont réuni et ont condamné cette ligne rouge dépassée qui démontre, comme en 1916, à la fois l’impuissance des armes classiques et la volonté d’anéantir à la fois la résistance armée et la population qui la soutient. Les actions ne sont pas nouvelles en Syrie mais désormais elles se savent. Bachar en Assad, enfant adapté soumis à qui l’on pouvait a priori faire confiance, comme l’étaient les dirigeants tunisiens et égyptiens, mais non rebelle comme le dirigeant libyen, a été forcé de se mettre à la politique et a adopté certaines méthodes. Existe-t-il encore un doute ? Comme on le voit en politique, souvent quand un camp ne fait pas une erreur, c’est l’autre qui le pousse à la faire ou le fait à sa place, voire le maquille. Il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak et l’épisode de la maternité bombardée avait été monté de toutes pièces. Mais il y avait aussi de vraies actions de nettoyage ethniques et cette fois, en Syrie, les médecins ont l’air formel. C’est la ligne que l’Egypte n’a pas franchi.

 

La ligue arabe n’a pas mis en place de force tampon mais avait proposé que Bachar puisse laisser sa place au vice président pour former un gouvernement d’union nationale. Les propositions raisonnées de ne pas renverser Bachar, comme le demandent les Russes, mais de simplement de le « corriger », semblent par contre avoir été écoutées. L’Union européenne pourrait reprendre ensuite la main en l’intégrant dans une logique de prospective euro méditerranée comme l’avait déjà semble t il proposé N. Sarkozy.

 

Attention, la Syrie n’est pas la Libye, à la fois d’un point de vue énergétique,  stratégique et religieux. La Russie souhaite cacher le méfait et mettre son véto car en validant toute action, V. Poutine ne pourra plus faire ce qu’il veut chez lui, selon le principe de non ingérence, surtout avec ses républiques islamiques. Il préfère la dictature d’une branche chiite modérée et tolérante que sont les Alaouites plutôt qu’une branche dure non contrôlable comme dans d’autres pays avec les retours d’expérience que nous connaissons, même si en Lybie nos correspondants ne décrivent pas un chaos si grand que l’on veut l’entendre. La Syrie est par ailleurs pour la Russie un pays stratégique pour l’accès à la mer avec le port de Tartous et cette dernière n’imagine pas perdre cet avantage au profit des étasuniens implantés en Turquie. Donc tant que les frappes se font en l’air, le risque d’embrasement est limité.

 

La Chine se moque bien de Bachar el Assad mais soutient la Russie agissant aussi chez elle par force pour maintenir un régime fort, même si la Chine et la Russie ont du laisser du lest économique à leurs régions. Contrairement à la France qui a usé 28 fois de son droit de véto, la Chine ne l’a utilisé que 8 fois car elle ne s’intéresse qu’à ses intérêts, n’est pas une puissance coloniale (Tibet mis à part) et n’a pas de volonté d’influer politiquement sur le monde (au moins pour l’instant).

 

La France, qui connait la Syrie mieux que quiconque en occident, où de nombreuses personnes parlent sa langue à commencer par son Président, peut se permettre de hausser le ton comme d’ailleurs au Mali, initiant ou accompagnant la démarche étasunienne. Le Royaume-Uni est bien entendu toujours là pour faire le coup de force, mais qui parfois se fait interdire le survol de certains territoires. Au sein de l’Union apparaissent parfois les puissances économiques, parfois les puissances militaires de premier rang, appuyées logistiquement par les autres comme encore au Mali.

 

Ce n’est pas l’Union qui rentrera en guerre, de façon « limitée » comme en Lybie, mais quelques pays sauf que les logiques d’alliance au sein de l’OTAN, quasi copier coller de l’Union, produira le même effet.  Par contre, une réaction forte de certains pays d’Europe ne peut que rassurer d’autres pays européens plus à l’Est qui auraient aimé voir cette réaction en 1938 ou pendant les révoltes des années 50. Et en cela, c’est un point positif pour l’Union.

Par ailleurs, envoyer des bombes de façon ciblée est sans doute plus efficace que de livrer des armes sans savoir à qui elles profiteront.

 

La toute puissance étasunienne se donne la permission d’intervenir cette fois dans un conflit interne soutenu par l’extérieur sans la protection de l’ONU. La Turquie, qui avait freiné en partie la logistique de l’OTAN pour l’Irak, veut profiter de la croisade pour « régler son compte à Joe » rappelant ce fameux jeu d’analyse transactionnelle.

 

Les Etats-Unis savent bien que la Russie n’est pas apte à tenir une guerre ni lutter durablement militairement. Les Chinois qui leur viendront en aide n’auront bien entendu pas le dessus face aux puissances occidentales d’un coté et au Japon et à la Corée de l’autre qui ont un arsenal tres impressionnant. Seule l’arme nucléaire fera le ménage en Europe pour sauver la face voire en Asie car la Corée du Nord en saisira sans doute l’occasion. La Russie, plus européenne que certains pays de la veille Europe, intégrera ensuite l’Union et la Sibérie servira de zone tampon internationale avec la Chine.

 

Mais nous n’en sommes pas encore là …

 

 

 

 

 

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