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Le blog philosophique de francois CHARLES

le regroupement des régions s'insère-t-il dans une dynamique européenne ?

18 Janvier 2014 , Rédigé par francoischarles Publié dans #europe

François Hollande vient d’annoncer la réduction à 14 ou 15 régions et la création de métropoles dans un soucis de réduction des charges de l’Etat mais sans parler une seule fois de l’adéquation européenne. Au même titre que l’Europe n’est pas un assemblage de pays mis les uns au bout des autres, il en est de même pour nos régions pour lesquelles il convient de se poser les bonnes questions et ne pas se tromper d’objectif ni de façon d’y parvenir.

 

Par François CHARLES
Economiste, conseil en stratégie et management, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe

 

 

carte-NUTS2.png

S’agit-il de réduire le mille-feuilles administratif et budgétaire, qu’il est déjà possible de faire en conservant les mêmes régions et en éliminant l’exécutif départemental ? S’agit-il de faire des régions plus grandes pour qu’elles soient plus compétitives, ce qui n’est pas prouvé, considérant que les pays nordiques nous le montrent mais que les régions allemandes apparemment plus petites sont généralement plus fortes et moins fortement administrées ? Dans le cas de fusions régionales, ne faut-il pas respecter certaines réalités autres que purement comptables ? La simplification administrative ne doit-elle pas tenir compte des forces motrices de chaque territoire ni de l’histoire de chacun d’eux et surtout entre eux ? Allons nous procéder une fois de plus par arbitrage et baguette magique plutôt que par consensus ?

Une analyse de certaines données semble opportune, à la fois économiques, géographique mais historiques et humaines pour comprendre s’il faut marier ou plutôt faire travailler de concert afin d’éviter certains rapprochements purement comptables voués à un échec attendu comme nous le constatons avec certaines entreprises grandes ou petites et avec certains pays. Dresser le blason psychologique ainsi que les forces et les faiblesses de chaque région est indispensable. Tant mieux si cela peut aussi réduire les projets superfétatoires ou harmoniser les documents ou les aides portant des noms différents alors qu’ils ont le même contenu.

La déconcentration et la décentralisation ne datent pas de F. Mitterrand puis d’E. Balladur mais déjà de Louis XI, puis Louis XIV. Une vision désormais européenne, dont la France qui lui a énormément apporté, est désormais opportune.

La France possède 7 circonscriptions pour le vote européen, basées sur la population mais qui mériterait aussi de respecter la cohérence des autres cartographies avancées plus après. La partie Est comprend l’Alsace, la Bourgogne, la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté et la Lorraine. Il existe en France 9 Nomenclatures d’Unités Territoriales Statistiques (NUTS) de niveau 1 de plus de 3 Mns d’habitants que sont les Zones d’Etudes et d’analyse des Territoires (ZEAT). Pour la région Est, on trouve l’Alsace, la Franche Comté et la Lorraine, ce qui semble ici très cohérent en terme de mentalité. On trouve à part la métropole parisienne. Le « bassin parisien », qui l’entoure globalement, incluant la Bourgogne, est aussi constitué. Eurostats, organisme de la Commission européenne, mais également la DATAR française, se basent plutôt sur 22 NUTS de niveau 2 qui correspondent à nos régions, regroupant entre 800 000 et 3 Mns d’habitants.

Si l’on regarde la carte du PIB par habitant en 2010 (voir ci-après), la dimension des NUTS2 espagnols sont identiques à leurs voisins français mais les 41 NUTS2 allemands sont plus étroits, comme leurs cousins Britanniques, insérés dans les länder et divisés en 3 ou 4, mais plus performants sauf pour l’ex Allemagne de l’Est et pour combien de temps. A contrario, les pays nordiques possèdent de grosses régions, pourtant imaginées peu peuplées mais en fait très riches. Economiquement, par comparaison avec une carte de 2007, on distingue en France un fort développement des régions PACA et Rhône-alpes. On voit une progression générale des NUTS allemands, autrichiens, espagnols, suédois et polonais mais avec une stabilité outre manche.


Je m’attarderai sur les deux régions qu’il est question de rapprocher en tout ou partie et que je connais le mieux pour chercher à les associer à des démarches communes sans forcément les marier dans le domaine industriel et de la recherche, quand l’Etat ne cherche pas à effacer les initiatives qui ne viendraient pas de lui. Leurs histoires sont liées et tumultueuses, et bien que voisines ne se ressemblent pas. Il s’agit d’une part de la Franche-Comté, qui se maintient comme première région industrielle de France en terme d’emplois dédiés (25%), et de la Bourgogne, désormais descendue à 18% dans ce secteur tout en maintenant stables les secteurs de la métallurgie, des denrées alimentaires et du caoutchouc mais qui a d’autres atouts bien que beaucoup plus dépendante de l’étranger que sa voisine. La Franche Comté est reconnue pour son activité automobile, horlogère et de microtechnique.

Mais il existe entre ces deux régions, qui ont souffert l’une contre l’autre, une réelle frontière toujours aussi perceptible que celle entre la France et l’Allemagne ou d’une autre manière entre la Rép. Tchèque et la Slovaquie même si nous parlons la même langue mais n’avons pas le même accent, et même si elles se sont soulevées ensemble en mars 1815. Etant auparavant rapprochées au sein du royaume de Bourgogne, elles furent divisées en deux au traité de Verdun en 843 : une Bourgogne franque à l'ouest (futur duché, dont la quasi actuelle région Bourgogne est issue), et une Bourgogne impériale à l'Est dans laquelle se trouve notamment la Franche Comté de Bourgogne. Les deux territoires seront rapprochés en 1318 et verront un destin commun durant le règne des ducs de Bourgogne Valois. Charles le téméraire, qui n’a quasiment jamais vécu à Dijon, s’était rapproché des princes germaniques par opposition au roi de France. Si le roi de France repris ensuite directement le duché, Marie de Bourgogne s’empressa, à la mort de son père, de remettre le Comté à nouveau dans l’empire romain Germanique dirigé ensuite assez longtemps par Charles Quint avec des influences allemandes, autrichiennes et espagnoles, que l’on retrouve avec ses clochers rappelant la croix de Charlemagne, comme ses voisines d’Alsace et de Lorraine, qui l’étaient encore il n’y a pas si longtemps. Franc-comtois et Bourguignons seront rattachés à nouveau à la couronne de France sous Louis XIV.

Bien sûr il faut gommer ces disputes notamment avec le brassage des populations mais le peuple des montagnes et peuple des plaines ne sont pas forcément faits pour vivre ensemble et les difficultés de greffe du Pôle de recherche (PRES), entre Dijon et Besançon, peu soutenue par Dole qui était la première université d’Europe du temps des Valois. L’Europe et la France sont ainsi faites de diversités humaines qu’il faut considérer, de même que l’Yonne n’est pas la Cote d’Or et que le nord Cote d’Or n’est pas la riche plaine de Saône. S’agissant des produits, espérons que les viticulteurs bourguignons seront prêts à aider la promotion des vins du Jura étant donné qu’ils sont vraiment différents. Espérons que les industriels dynamiques franc comtois sont ils prêts à aider leurs voisins à ne plus grogner quand il s’agit de répondre à un appel d’offre fastidieux et inversement, que les Franc-comtois seront prêts à découvrir le monde …

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