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Le blog philosophique de francois CHARLES

L’ANDRH s’invite dans la discussion politique sur la laïcité des jours fériés

17 Avril 2017 , Rédigé par francoischarles Publié dans #social

alors que l'on reparle religion pendant la campagne, je ressors un ancien article de 2012

Lors de ses assises annuelles, en présence du ministre du Travail Michel Sapin, l’Association Nationale  des DRH  a proposé  d’ouvrir un débat national sur le positionnement des jours fériés, en conciliant la neutralité nécessaire et la liberté de conscience au sein du monde du travail avec l’accroissement de la compétitivité.

 

Quand je lis le journal Libération où le président de l'ANDRH, à l'origine de cette proposition, dit qu’il s'agit de savoir « comment faire-on pour s'organiser sur le rythme d'une religion dominante qui n'est plus celle de la France d'aujourd'hui», je ne peux m’empêcher d’aller spontanément sur mes zones d’ombre pour compenser mes émotions tellement sa lecture est édifiante venant de cette profession ! Je savais que l’islam était la seconde religion mais serait-elle passée désormais devant ? Sans doute voulait-il dire que beaucoup de monde profitait de ces jours sans plus en comprendre la signification.

 

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Quel est l’objectif à atteindre ? N’y aurait-il pas certaines réalités et options à prendre en compte ? Dois-je leur rappeler les 3P, les degrés de dépendance et le triangle de Karpman ou leur énoncer quelques jeux de Berne ? N’y aurait-il une intention cachée, voire une dimension politique profitant d’un climat favorable au laïcisme et à l’ouverture extrême pour évacuer un « dilemme » pour reprendre leur mot.

 

Car il ne s’agit plus ici de compenser une mesure financière de solidarité apparue après la canicule de 2003 mais de mettre en avant le caractère religieux de certains congés en oubliant l’historique et le traitement des mesures initiales.

 

Dans le texte diffusé, on peut lire mot pour mot que « dans l’entreprise, tous les jours fériés sont d’origine chrétienne ».  C’est encore bien entendu faux ou mal exprimé. Les travailleurs français disposent de 11 jours fériés dont 5 fêtes civiles les 1er janvier, 1er mai, 8 mai, 14 juillet et 11 novembre et dont une seule, le premier mai, obligatoirement chômée et payée selon le code du travail. Les 6 fêtes  religieuses sont le lundi de Pasques, l’ascension, le lundi de Pentecôte, l’assomption (15 août), le 1er novembre, et Noël. On peut rajouter à cela de nombreuses fêtes non fériées catholiques et protestantes car tombant normalement un dimanche

Continuons la lecture : « Aussi, lorsque les fêtes religieuses des autres confessions apparaissent, les salariés relevant de celles-ci ont tendance à demander des autorisations d’absence au nom de leur conviction et au nom de l’égalité de traitement avec leurs collègues. Cette idée novatrice demande donc l’ouverture d’un débat national ».

On a l’impression que les DRH considèrent que c’est un dilemme qui les met eux-mêmes mal à l’aise au regard des demandes des autres religions, soit pour les mettre en égalité, soit pour les gommer alors que certaines directives communiquées notamment sur site du ministère de l’éduction nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche donnaient l’exemple sur ce domaine en 2010. Une note de service publiée sur le site du ministère rappelle TOUTES les fêtes religieuses pour lesquelles les autorisations d’absences peuvent être accordées afin que celles et ceux qui le désirent puissent participer aux cérémonies célébrées à l'occasion des principales fêtes propres à leur confession dans la mesure où cette absence est compatible avec le fonctionnement normal du service. « Fêtes catholiques et protestantes Les principales fêtes sont prises en compte au titre du calendrier des fêtes légales. Fêtes orthodoxes : - Théophanie : jeudi 7 janvier 2010 ;  Grand Vendredi Saint : vendredi 2 avril 2010et  Ascension : jeudi 13 mai 2010 - Fêtes arméniennes : - Noël : mercredi 6 janvier 2010 et  Fête de Saint Vartan : jeudi 11 février 2010, Commémoration du 24 avril : samedi 24 avril 2010 - Fêtes musulmanes :  Al Mawlid Annabawi : vendredi 26 février 2010 ;  Aïd El Fitr : vendredi 10 septembre 2010 et  Aïd El Adha : mardi 16 novembre 2010 ; Les dates de ces fêtes étant fixées à un jour près, les autorisations d'absence pourront être accordées, sur demande de l'agent, avec un décalage en plus ou en moins. Ces fêtes commencent la veille au soir - Fêtes juives : - Chavouot (Pentecôte) : mercredi 19 mai et jeudi 20 mai 2010 ;  Rosh Hashana (Jour de l'an) : jeudi 9 septembre et vendredi 10 septembre 2010 ;  Yom Kippour (Jour du Grand Pardon) : samedi 18 septembre 2010 ; Ces fêtes commencent la veille au soir - Fête bouddhiste : Fête du Vesak (« Jour du Bouddha ») : jeudi 27 mai 2010 ; La date de cette fête étant fixée à un jour près, les autorisations d'absence pourront être accordées, sur demande de l'agent, avec un décalage de plus ou moins un jour ». Comme vous le voyez, la liste est longue.

Puis  l’ANDRH propose de « neutraliser   trois des six jours fériés d’origine chrétienne  : Pentecôte, Ascension, 15 août, afin que les salariés puissent les prendre comme ils le souhaitent sous réserve des nécessités de service et/ou des caractéristiques de l’entreprise et  de conserver  Noël,  le   lundi  de           Pâques  et   la   Toussaint  qui  revêtent désormais une forte dimension sociétale. Les conserver constitue donc un facteur de cohésion sociale. Les trois jours banalisés restants seraient à disposition de chaque salarié et pourraient être pris à la convenance du salarié ou de l’entreprise (…) » 

 

S’attaquer à l’ascension c’est bien entendu casser un pont, s’attaquer au 15 août c’est s’attaquer à une des plus grandes fêtes chrétiennes et à l’ancienne fête nationale française, instituée par Louis XIII, dédiée à Marie, et abandonnée en 1790 pour le 14 juillet, jour de la fête des fédérations sur le champ de mars où le roi prêta serment à la nation. Cette journée plus laïque évoquant l’anniversaire de la prise de la bastille, plus symbolique que sanglante mais marquant la fin de l’absolutisme et des privilèges, fut atténuée puis à nouveau instituée officiellement depuis 1880.

 

Et pourquoi pas le lundi de Pâques qui est resté depuis 1802 l’unique jour d’une semaine fériée comme l’était celle de la Pentecôte ? Sans doute à cause des communions. Bien entendu, elle ne s’attaque pas à Noël, même si cette fête est  d’origine païenne reprise ensuite pour fêter la naissance du Christ….

 

Rappelons enfin que le lundi de Pentecôte est redevenu férié quatre ans après avoir constaté, comme les 35h, qu’il valait mieux laisser libre le choix de ce jour travaillé gratuitement et ne pas le prendre forcément sur un jour religieux par un accord d’établissement ou une décision unilatérale par l’employeur. Les salariés peuvent aussi gommer un jour de RTT ou accepter de travailler le dimanche même sans heure supplémentaire.

 

L’association propose ensuite de réaliser une étude d’opinion. On peut se poser la question de pourquoi ne pas le faire sur l’ensemble des jours fériés ? Ont-ils pensé que ces jours étaient également fériés dans de nombreux pays d’Europe chrétienne sans exclure les autres religions ?

 

Bien entendu la société évolue mais s’en prendre aux jours fériés chrétiens pour régler le problème de la productivité n’est pas très « catholique » ou « orthodoxe » selon les expressions consacrées. La vérité est ailleurs. Et si l’entreprise donne du bonheur, la religion en donne aussi et fait partie de l’équilibre transactionnel.

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Frédéric MARTIN 05/07/2012 08:08

Bonjour,

Parfaitement d'accord avec vos commentaires.

La proposition de l'ANDRH est affligeante. Elle fait totalement abstraction d'une histoire de 2000 ans dans laquelle s'inscrit notre société, y compris l'histoire du travail. Elle est dangereuse au
regard justement des tensions actuelles avec la montée de plus en plus agressive de l'islamisme. Elle est lâche car justement, au motif d'un pluralisme religieux, elle consiste à "s'excuser" d'être
un pays de culture chrétienne - même dans le respect de la laïcité - et à en gommer l'origine.