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Le blog philosophique de francois CHARLES

retrouvez mon allocution d'introduction au dîner I.R.C.E. d'octobre avec l'Ambassadeur du Royaume-Uni en France, Sir Peter Ricketts

22 Novembre 2015 , Rédigé par francoischarles Publié dans #europe

Votre Excellence,

Merci d’avoir accepté notre invitation sur le thème porteur des forces motrices. Ce vocabulaire est certes emprunté à la politique générale de l’entreprise, sorte d’étendard illustré des Domaines d’Activités Stratégiques, pour montrer où l’on va. Mais il peut tout à fait s’adapter aux autres types d’organisations comme celle de l’Union Européenne ou de deux pays pris séparément.

Merci surtout d’avoir retenu le sujet original "QUEL MOTEUR FRANCO BRITANNIQUE"que je vous avais proposé. Si l’on parle toujours du couple et du moteur franco allemand, qui sera sans doute un de nos prochains thèmes, il en est un pourtant un d’importance : celui entre la France et le Royaume-Uni. Remarquez bien qu’il n’est pas écrit Europe dans le titre. Nous auditionnons aussi des représentants du monde entier pour analyser « ce qui est bon pour l’Europe ». Nous avons compris, comme en France, en Grèce, en Espagne, qu’un vote et un référendum n’imposent pas un départ. Que deviendrait d’ailleurs ce moteur si le Royaume Uni, qui a peut être eu finalement sa « monnaie back », sort de l’UE, réduit néanmoins de l’Ecosse qui souhaite s’y maintenir, comme la Catalogne ? Mais nul n’est tenu de rester en indivision

En terme de blason d’identité, quelle devise pouvons nous donner à ce moteur ? Quelle puissance ? Quelle technologie ? Quel emploi ? Quelle énergie ? Quelle robustesse ? Quelle façon de l’entretenir ? Comment le voir ? Comment le voient les autres ? Les motoristes, comme ceux présents dans la salle nous le diront : chaque moteur a une partie froide et une partie chaude qui doivent être assemblées et fonctionner en interdépendance. Reste à comprendre ensuite parfois où est le plus grand retour sur investissement. La France et le Royaume-Uni sont voisins mais différents et parfois désunis. Ils sont considérés comme ennemis héréditaires, donc familiaux depuis la guerre de Cent ans mais font souvent avancer les choses de façon constructives. Qui aurait prédit que Londres deviendrait la 6e ville française ? Et certes un moteur n’est rien sans une bonne cellule d’avion ou une bonne carrosserie. Sans doute que le choix d’Airbus et de l’Europe est un bon choix. Parler moteur franco-britannique c’est aborder des aspects de rivalité territoriales et militaires jusqu’à l’entente cordiale puis industriels mais aussi des complémentarité dans de nombreux domaines. La concurrence est parfois salvatrice entre groupes et sous-groupes de cohérence pouvant exister avec leur identité et leur culture propre, ceci en adéquation avec une identité générale. Nous aurons tout à l’heure l’occasion d’aborder en image cette « union dans la diversité ».

Certains en France disent volontiers, sans forcément plaisanter, que votre pays n’a jamais été européen, n’a jamais compris l’Europe, veut préserver son modèle sur son île. Je répondrai que le Royaume-Uni, comme son nom l’indique, vit depuis longtemps un certain modèle européen. Je répondrai que son rôle de contre leader, sans être pour autant enfant libre asocial, sert aussi de « planche à secousses » notamment économique. Citons le fait de ne pas adopter l’euro ou d’accueillir plus favorablement le plombier polonais comme nous en parlions en juillet, mais aussi le fait de plaire aux chefs d‘entreprise français comme aurait pu nous en parler les sénateurs Cadic et Lamure mais également la Sénatrice Keller avec son rapport sur « la place du Royaume.Uni dans l’UE, fruit d’une irréductible singularité ». Rappelons enfin qu’au siècle dernier, alors que la France fut défaillante, le Royaume-Uni sauva une certaine pluralité.

Souvenons-nous que sous l’impulsion de Jean Monnet, les deux pays ont coordoné leurs ressources et leurs flottes de commerce pendant la première guerre mondiale et qu’il était question de rassembler les deux gouvernements, comme 600 ans auparavant, pour tenter de vaincre ensemble. Ces deux pays ont une une capacité à intervenir de concert et de façon complémentaire sur les théatres d’opération et notamment avec leurs marines comme nous le rappelait aussi l’Amiral Coldefy l’an dernier. Vous qui avez fréquenté plusieurs fois l’OTAN comprenez certainement que cette organisation est un réel vecteur d’intégration et d’identité européenne où justement le moteur franco-britannique est essentiel. N’oublions pas qu’un Anglais a sauvé le dépeçage de la France en 1815.

Mais ces deux pays savent aussi travailler en dehors du temps de crise. Ils ont été et restent ensemble ou séparément des laboratoires d’idées et d’innovation politiques, industrielles et économiques. Citons de nombreux exemples comme les achats croisés ou certains programmes en coopération ou complémentaires dans l’armement et l’aéronautique. Le moteur et ses parties permettent aussi de conserver des liens entre ces deux pays mais aussi avec notre « partenaire » étasunien, comme dit M. Poutine, depuis la relation étroite entre Roosevelt et « l’ancien gars de la marine ». Cette relation peut aussi faire réfléchir et réagir la France de Napoléon III pour lancer son industrialisation, la France de De Gaulle pour développer son indépendance nucléaire. Mais elle peut aussi inciter le Royaume Uni à relancer son industrie et sa politique énergétique notamment nucléaire avec la France, participant à une certaine union de l’énergie. Notons que l’I.R.C.E. s’est permis de nommer ses dîners scientifiques LUNAR SOCIETY reprenant les initiatives anglaises de brassage d’idées et de mises en relation au 19° siècle où est née la machine à vapeur.

Enfin, comme vous l’avez bien souligné dans l’émission « secrets d’histoires », « finalement et heureusement que ce ne sont pas les Anglais qui ont jugé Jeanne d’Arc ».

Votre Excellence je vous laisse – enfin – la parole

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